Le professeur-documentaliste : qu’est-ce que c’est?

Par Etienne Magnan

Avant de venir étudier à l’EBSI, j’ai effectué un peu par hasard une première année de formation de professeur-documentaliste. Lorsque j’en parle ici, au Québec, je n’ai droit qu’à une perplexité sans fin: mais enfin, c’est quoi un professeur-documentaliste ? Pour le bien de tous, voici une présentation de cette profession, qui est, à bien des égards, passionnante (je parle de la profession, bien sûr!).

Le professeur-documentaliste a pour lointain cousin le bibliothécaire scolaire québécois. Pour plus de clarté, voici un petit tableau qui résume les différences entre le secondaire québécois et français.

Système québécois Système français 2
Écoles secondaires
12 à 17 ans
Collège
11 à 14 ans
Lycée :
15 à 17 ans
Bibliothèque scolaire Centre de documentation et d’information
Bibliothécaire scolaire (dispersé au sein de la commission scolaire)
Technicien en documentation
Bénévole
Professeur-documentaliste (1 ou 2 par établissement)
Assistant-documentaliste (pas partout)

Alors concrètement, un professeur-documentaliste, qu’est-ce que c’est ?
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Avec l’aimable autorisation de Gribouilles de doc (Gribouilles de doc, 2015).

Les missions des professeurs-documentalistes

Le professeur-documentaliste est à la fois enseignant et responsable d’un service d’information à l’usage des élèves et des professeurs. Mais ces deux facettes n’en forment en réalité qu’une seule, puisque le Centre de documentation et d’information participe à la formation des élèves.

Les professeurs-documentalistes sont les « enseignants et maîtres d’œuvre de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias » (Ministère de l’Éducation nationale, 2013). Par culture de l’information et des médias, on entend un ensemble de connaissances, de savoir-être et de savoir-faire qui permettront aux élèves d’être autonomes dans la société de l’information. On y regroupe trois cultures : l’info-documentaire, l’info-médiatique et l’informatique, le professeur-documentaliste intervenant dans l’acquisition des deux premières. Le Repères pour la mise en œuvre du Parcours de formation à la culture de l’information (Ministère de l’Éducation nationale, 2010) identifie ainsi dix notions liées à cette culture de l’information, parmi lesquelles on peut citer comme exemple la « recherche d’information, », l’« organisation des connaissances », ou encore l’« utilisation éthique de l’information ». Dans la pratique, le professeur-documentaliste travaille avec les enseignants pour mettre en place ses cours. Toute discipline peut permettre de former aux compétences informationnelles, mais la collaboration se fait le plus souvent avec les professeurs de français et d’histoire. Ces cours peuvent être très variés : un professeur-documentaliste peut aussi bien choisir d’enseigner la veille ou la publication sur les réseaux sociaux à ses élèves, tout comme il peut travailler plus classiquement sur l’indexation ou la notion de droit d’auteur. La tendance actuelle à propos de l’éducation à l’information est de se baser sur les pratiques des élèves pour les accompagner, plutôt que de les inciter à des pratiques complètement coupées de leurs pratiques quotidiennes. Quelques exemples sont disponibles en bibliographie (Carbillet, 2012).

Le professeur-documentaliste est aussi responsable du Centre de Documentation et d’Information (CDI). Le CDI est à la fois une bibliothèque, un espace de travail, un lieu de détente consacré à la lecture-plaisir, et un lieu de sociabilité. Le CDI est le résultat d’une alchimie subtile entre les élèves, le lieu en lui-même et le professeur-documentaliste. Le CDI a une vocation pédagogique, il participe à la formation aux savoirs info-documentaires, tels que l’organisation des connaissances. C’est aussi un lieu vivant qui participe à l’ouverture culturelle. Par exemple, dans le CDI où j’ai fait mon stage, la professeure-documentaliste organisait un festival du conte de jeunesse. Tout l’art du professeur-documentaliste est de permettre à ses usagers de s’approprier le lieu pour en faire un espace vivant. Aussi, le professeur-documentaliste a l’avantage de pouvoir entretenir un rapport plus informel avec les élèves que les autres professeurs, notamment par sa fonction d’accueil.

Après avoir vu les deux principales missions du professeur-documentaliste, voyons maintenant comment on le devient.

La formation

La formation se fait au sein d’un ESPE (Établissement Supérieur du Professorat et de l’Éducation), au niveau master. Elle est reliée aux sciences de l’information et de la communication (en France, les deux domaines sont reliés) et prépare au concours du CAPES de documentation. Pour pouvoir enseigner, il faut décrocher un concours, précieux sésame que l’on peut avoir dès la première année ou bien obtenir après l’avoir repassé encore et encore. Une fois le concours obtenu, on gagne le titre de fonctionnaire-stagiaire et on exerce alors une partie de la semaine en établissement, tandis que l’on continue sa deuxième année de master pendant l’autre partie tout en rédigeant un mémoire.

En quoi consiste la formation ? Elle varie d’un ESPE à l’autre, mais voici les détails pour le mien, celui de Rouen :

  • Une culture professionnelle, qui comprend l’histoire de l’évolution du métier, ses valeurs et ses missions. La formation en didactique n’est pas oubliée : on y parle beaucoup de Dewey, mais de John, cette fois.
  • Une culture scientifique autour des sciences de l’information et de la communication. L’information y est vue sous une approche sociale plutôt que sous une approche liée aux techniques documentaires.
  • Des cours sur la littérature jeunesse et le monde de l’édition en général, avec des sorties dans différents salons et festivals du livre jeunesse.
  • Enfin, il y a la préparation au concours ! De fait, la première année est très centrée sur ce point.

En guise de conclusion, je dirais qu’un professeur-documentaliste se caractérise par une envie d’enseigner autrement, un certain goût pour l’expérimentation et un intérêt important pour le travail avec les jeunes. Être professeur-documentaliste nécessite une volonté de fer pour pouvoir s’intégrer et faire sa place, mais en contrepartie le métier laisse une grande part à la créativité. En ce qui concerne ma formation, j’ai particulièrement apprécié les valeurs qui étaient mises de l’avant, tels les biens communs de la connaissance, ou encore l’attention portée aux pratiques des élèves. J’ai aussi beaucoup apprécié les Schoko-bons distribués en début de cours !

Manque de reconnaissance et complexe identitaire

Il n’existe pas à proprement parler de discipline propre au professeur-documentaliste ; pas d’enseignement de documentation ou de sciences de l’information. Aussi, le professeur-documentaliste est un professionnel de l’interdisciplinarité. Le défi du professeur-documentaliste est de savoir se faire une place au sein du corps enseignant, ce qui n’est pas facile, d’autant plus que nombreux sont les enseignants qui ignorent que leur documentaliste est aussi un professeur et qu’il ne fait pas que ranger des livres ! Par ailleurs, plusieurs opinions sur le métier se font entendre : par exemple, faut-il la création d’une matière spécifique, en allant jusqu’à séparer la partie enseignement de la partie gestion du CDI ? Si cette option a l’avantage de permettre une reconnaissance accrue du professeur-documentaliste, ce dernier perdrait aussi sa spécificité et un peu de son charme. Quoi qu’il en soit, le professeur-documentaliste peut compter sur une association professionnelle militante : la FADBEN (Fédération des Enseignants Documentalistes de l’Éducation nationale).

Bibliographie et médiagraphie

Tous les livres sont disponibles à la bibliothèque de l’Université de Montréal.

Le métier de professeur-documentaliste et le CDI

Chapron, F. (2012). Les CDI, centres de documentation et d’information, des lycées et collèges: de l’imprimé au numérique. Paris, France : Presses universitaires de France.

Collectif Vivre le CDI. (2012). C’est de plus en plus fou ce que l’on peut encore faire au CDI !. Paris, France : Harmattan.

Exemples pédagogiques et articles scientifiques

Boubée, N. (2008, octobre). Le rôle des copiés-collés dans l’activité de recherche d’information des élèves du secondaire. Communication présentée au Colloque L’Éducation à la culture informationnelle de Lille. Repéré à http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00344161/document
Travail de la chercheure en sciences de l’information et de la communication sur le copié-collé, dont s’est inspirée la professeure-documentaliste Marion Carbillet pour la création du document de collecte dont il est question plus bas.

Bousquet, A. (2015, 10 janvier). Se représenter le Web : image mentale et compréhension du sens [Billet de blogue]. Repéré à https://metadic.wordpress.com/2015/01/10/se-representer-le-web-image-mentale-et-comprehension-du-sens/
Dans cette description de séance on s’intéresse aux représentations des élèves à propos du Web, en les faisant dessiner le Web.

Carbillet, M. (2012, 26 mars). Le document de collecte en bref [Billet de blogue]. Repéré à http://mesdocsdedoc.over-blog.com/article-le-document-de-collecte-en-bref-102321156.html
Un des nombreux liens qui explicitent le document de collecte, basé sur les pratiques de copié-collé, et ses exploitations pédagogiques possibles.

Cordier, A. (2012, juin). Et si on enseignait l’incertitude pour construire une culture de l’information ? Communication présentée au Colloque Spécialisé en Sciences de l’Information COSSI, Poitiers, France. Repéré à http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00803091/document
Un article qui traite de la façon d’aborder l’enseignement de la culture d’information face à des environnements documentaires changeants.

Rabat, F. (2008, 3 juin). Une année avec Google. [Vidéo en ligne] Repéré à http://documentation.spip.ac-rouen.fr/spip.php?article192
Cours filmé qui explique le fonctionnement du moteur de recherche Google.

Aspects comparés

APSDS. (2012). Ailleurs dans le monde. Repéré à http://apsds.org/?page_id=2911

Brazeau, J. et Forest, F. (2013). Deux bibliothécaires scolaires à « livre » ouvert. La Référence, 30(1), 19-22. Repéré à https://lareference.ebsi.umontreal.ca/files/2014/09/lareference2013.pdf
Interview intéressante de bibliothécaires scolaires québécois : Oliver Hamel et Brigitte Moreau.

Dumouchel, G. (2012, 28 septembre). Compétences informationnelles et bibliothèques scolaires du Québec : un état de la recherche [Billet de blogue]. Repéré à https://tribuneci.wordpress.com/2012/09/28/competences-informationnelles-et-bibliotheques-scolaires-du-quebec-un-etat-de-la-recherche/

Sites professionnels et blogues

Doc pour docs. (2015). Repéré à http://docpourdocs.fr/
Un site mutualiste et indépendant, réalisé à domicile par des professeurs documentalistes, pour les professeurs documentalistes.

FADBEN. (2013). Repéré à http://www.fadben.asso.fr/
Le site de l’association professionnelle des professeurs-documentalistes.

Gribouilles de doc. (2015). Repéré à https://gribouillesdedoc.wordpress.com/
Un site dans lequel une professeur-documentaliste partage les péripéties du métier sous forme de dessins humoristiques. Un grand merci pour l’autorisation d’utiliser une de ses nombreuses « gribouilles » pleines d’humour !

Savoirs CDI. (2013). Repéré à https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/
Le site professionnel des professeurs-documentalistes.

Textes de référence

Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. (2013). Le référentiel de compétences des métiers du professorat et de l’éducation. Repéré à http://www.education.gouv.fr/cid73215/le-referentiel-de-competences-des-enseignants-au-bo-du-25-juillet-2013.html

Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. (2010). Repères pour la mise en œuvre du Parcours de formation à la culture de l’information. Repéré à http://media.eduscol.education.fr/file/Pacifi/85/4/Reperes_Pacifi_157854.pdf

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