« Les archives et le Web : nouveaux objets, nouveaux rôles, nouvelles pratiques » : 7e symposium du GIRA

Par Sarah Bellefleur Bondu

C’est dans le cadre du Congrès des milieux documentaires, le 1er décembre 2014, que s’est tenu le 7e symposium du Groupe interdisciplinaire de recherche en archivistique dont le titre était « Les archives et le Web : nouveaux objets, nouveaux rôles, nouvelles pratiques ». À cette occasion, plusieurs conférenciers en provenance du Québec, de la France et de la Tunisie se sont succédé pour présenter divers aspects reliant les archives et le Web.

Dans un premier temps, la conférence d’ouverture a été présentée par M. Vincent Gautrais, directeur du Centre de recherche en droit public (CRDP) et professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Celui-ci a abordé les archives davantage du point de vue juridique, domaine dans lequel l’authenticité des documents est essentielle pour leur valeur de preuve. Grâce, notamment, à la Loi concernant le cadre juridique des technologies de l’information, on reconnaît la documentation d’origine numérique comme preuve. L’intégrité du document est alors assurée par les métadonnées [à l’interne] et par d’autres documents faisant foi de son authenticité. Cependant, il semble que le droit québécois ne contienne encore que très peu d’indications qui peuvent aider à la gestion de la complexité des documents numériques.

Ensuite, ce fut M. Clément Oury, archiviste paléographe et responsable du service du dépôt légal numérique à la Bibliothèque nationale de France (BnF), qui nous a entretenus des pratiques actuelles de collecte des sites Web français pour leur conservation. Les sites qui font l’objet de cette collecte sont des publications scientifiques, des photographies, des documents audiovisuels et même des jeux. Parfois, ce sont également des périodiques qui étaient auparavant acquis en format papier mais qui maintenant n’existent qu’en format numérique sur le Web. Ainsi, grâce à un robot moissonneur qui parcourt le Web et enregistre les documents, la BnF passe du dépôt à la collecte.

Par la suite, c’est Mme Marie Demoulin, professeure adjointe à l’EBSI qui a présenté la toute dernière phase du projet InterPARES Trust. Cette phase amorcée en 2013 et se poursuivant jusqu’en 2019 vise essentiellement, grâce à un réseau international et interdisciplinaire, à mettre sur pied un cadre théorique et méthodologique pour l’élaboration de politiques pour les archives électroniques et sur le Web. Le projet inclut donc plusieurs équipes de travail qui se questionnent sur autant d’aspects, comme la transparence, la propriété, l’authenticité, la préservation du contexte, la confidentialité et l’éthique des documents sur le Web.

Se sont ensuite succédé Mme Aïda Chebbi, professeure à l’Institut supérieur de documentation de Tunis, et M. Mario Robert, chef de la section des archives à la Ville de Montréal. La première a présenté certains questionnements issus de la définition même des documents d’archives Web. À partir de son intérêt pour les sites Web publics des organisations, elle a mentionné que la frontière entre publication sur le Web et document d’archives Web est très fragile. Le second nous a entretenus de l’utilisation du Web et des médias sociaux par la section des archives de la Ville de Montréal comme moyen de communication avec le grand public. L’institution s’est dotée d’une plateforme Web complète et a pu ainsi définir les différents publics ciblés. M. Robert a mis l’accent sur le fait qu’aujourd’hui, pour légitimer leur existence, les services d’archives se doivent d’être visibles afin que le public reconnaisse leur apport à la société.

Ensuite, deux projets particuliers de diffusion et d’organisation d’archives ont été présentés par Stéphanie Lagueux et Marc-Antoine Lévesque. La première est webmestre pour les archives en ligne du centre d’artistes Studio XX. Elle a présenté le projet Matricules, qui regroupe en ligne les archives des artistes passés par le centre au fil des années. Le site Web est lui-même conçu comme une œuvre qui utilise des algorithmes pour représenter en couleurs le contenu des archives à l’image du tissage évoluant en temps réel. Il s’agit d’une façon tout à fait originale de présenter un corpus de fonds en mettant l’accent sur la représentation visuelle. Quant à M. Lévesque, coordonnateur scientifique au Centre de recherches intermédiales sur les arts, les lettres et les techniques (CRIalt), il a présenté le projet du fonds d’archives de la troupe de théâtre Dora Wasserman. Le cas est particulier : l’équipe de travail savait qu’un ensemble de documents sur la troupe avait été conservé par Dora Wasserman mais ne se doutait pas qu’un geste archivistique avait été exécuté par des archivistes amateures de l’entourage de la troupe. Ils ont alors entrepris une démarche d’archivage qu’ils ont largement documentée en produisant des capsules vidéo d’entrevues avec ces archivistes amateures en les questionnant sur leur propre processus de classification. S’entremêlent alors les documents d’archives d’origine du fonds, les modifications, classifications et ajouts dans le premier geste archivistique puis la documentation produite par l’équipe du projet. Pour l’instant, le site Web du projet regroupe des descriptions d’archives ainsi que des capsules vidéo.

Pour la dernière partie de la journée de conférences, M. Alain Lavoie, président et cofondateur d’Irosoft, s’est penché sur la notion de donnée ouverte (open data) dans le contexte de l’apport des archivistes aux projets, de plus en plus nombreux, de portails gouvernementaux. En présentant plusieurs exemples, M. Lavoie a soulevé plusieurs questionnements quant aux données ouvertes : doit-on tout publier? Quels sont les impacts de la publication de telles données? À qui peuvent servir ces données et dans quel but?

Par la suite, Mme Pat Riva, responsable des normes bibliographiques à la Direction du traitement documentaire des collections patrimoniales de BAnQ, a présenté une conférence sur les données liées, l’avenir de la gestion des collections en collaboration et du traitement des données sur le Web. C’est ce qu’on appelle le Web sémantique, ou encore le Web 3.0. Celui-ci repose sur le principe de fédération de données en provenance de diverses sources, que ce soit des données bibliographiques ou des données de collections muséales par exemple. Les avantages de l’harmonisation de ces données se situent dans l’utilisation de concepts communs aux différentes disciplines, aux échanges rendus alors possibles et à l’amélioration du service aux usagers. Tandis que le milieu de la bibliothéconomie s’est doté d’outils comme l’Open Metadata Registry (basé sur le modèle FRBR) et celui des musées du CIDOC CRM, il semble que le milieu archivistique ne possède pas encore de tels outils, rendant impossible la création d’un cadre commun.

Enfin, le directeur du département d’histoire de l’Université de Sherbrooke, M. Léon Robichaud, a pu apporter le point de vue de l’historien face aux archives et leur diffusion sur le Web. Il a souligné l’importance de créer des dépôts numériques pour conserver et rendre accessibles les données et les résultats des recherches dans le domaine historique. Il prône ainsi la place de l’archiviste au sein des équipes de recherche afin d’assurer la mémoire de la recherche.

La conférence de clôture a été présentée par M. Fabien Deglise, journaliste chroniqueur et blogueur pour Le Devoir. Celui-ci a mis l’accent sur l’importance du rôle de l’archiviste dans notre société où la logique de communication se fait en fragments, afin de conserver le contexte et donner du sens aux documents d’archives.

En conclusion, la question des archives entremêle et intéresse bien d’autres disciplines que l’archivistique, que ce soit le droit, la bibliothéconomie, l’informatique et les technologies ou encore l’histoire. Et cela est d’autant plus vrai lorsqu’on parle d’archives numériques et du Web. Les questionnements sur la gestion et l’utilisation des archives du Web et sur le Web sont très nombreux et il ne tient qu’aux professionnels des sciences de l’information de prendre place dans le débat et d’y contribuer par leur expertise. C’est ce qui s’est dégagé de ce 7e symposium du GIRA. Par ailleurs, pour les intéressés, la publication des actes du colloque devrait avoir lieu au courant de l’année 2015.

Liste de références

Bibliothèque nationale de France (2015). Dépôt légal des sites web. Repéré à http://www.bnf.fr/fr/professionnels/depot_legal/a.dl_sites_web_mod.html

CRIalt. Archiver à l’époque du numérique : Projet scientifique d’archivage numérique du fonds de la troupe de théâtre yiddish Dora Wasserman. Repéré à http://archivesnumeriques.org/

Gouvernement du Québec (2014). Loi concernant le cadre juridique des technologies de l’information. Repéré à http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_1_1/C1_1.html

Groupe interdisciplinaire de recherche en archivistique, 7e symposium – 2014. Repéré à http://gira-archives.org/activites/7e-symposium-2014/

InterPARES Project (2015). InterPARES Trust. Repéré à http://interparestrust.org/

Section des archives, Ville de Montréal (2014). Archives de Montréal 1913-2013. Repéré à http://archivesdemontreal.com/

Studio XX. Archives Matricules. Repéré à http://www.studioxx.org/matricules

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