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Rencontre avec Dominic Forest

Le parcours singulier d'un homme curieux

avril 2007 — 


par Alexandre Fortier

Bien qu’à première vue elles nous paraissent parfois singulières, certaines rencontres, quand nous nous y attardons a posteriori, semblent avoir malgré tout été prédestinées à se produire. Chez Ovide, Pyrame a fatalement rencontré Thisbé et, plus près d’ici, Bibi est atterri chez Geneviève — avec un résultat beaucoup plus heureux, il faut le souligner. Si mes mots n’étaient pas comptés, la liste pourrait s’allonger ; mais, trêve de facéties, je m’égare.

À ce titre, Dominic Forest, riche d’un parcours peu commun — baccalauréat en philosophie, maîtrise en philosophie avec concentration en enseignement de la philosophie au niveau collégial, doctorat en informatique cognitive et stage postdoctoral en terminologie computationelle — a joint les rangs de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI) en tant que professeur adjoint en décembre dernier. Bien que, au détour d’un couloir, il pourrait aisément être pris pour l’un des nôtres.

Quand nous la regardons de plus près, l’arrivée de Dominic Forest dans le corps professoral de l’EBSI n’est pas farfelue. À l’image de ceux qui s’y intéressent, les sciences de l’information, après tout, sont plurielles et ses travaux s’inscrivent bel et bien dans l’un des champs d’intérêt de notre discipline. Ceux qui ont eu la chance d’assister aux conférences qu’il a données à l’EBSI depuis son arrivée ont pu constater sa polyvalence et sa curiosité intellectuelle.

Je dois avouer que, sur papier, les liens entre la philosophie et les sciences de l’information m’apparaissaient de prime abord quelque peu obscurs. Cette rencontre avec Dominic Forest m’a donc permis de comprendre la logique soutenue derrière ce passage. Très tôt, il a été intéressé par les réflexions sur le langage, l’argumentation et la logique, mais également par le domaine des sciences cognitives.

Étudiant en philosophie, il a alors rencontré le professeur Jean-Guy Meunier — qui deviendra quelques années plus tard son directeur de mémoire et de thèse — qui l’a invité à venir voir ce qui se faisait dans le domaine de la philosophie du langage et dans un de ses domaines de recherche, soit l’analyse de texte assistée par ordinateur.

Le domaine est un peu en marge de ce qui se fait traditionnellement en philosophie, il faut l’avouer, mais il a quand même pu défendre un mémoire au département de philosophie qui portait sur l’application de techniques d’analyse de textes pour l’assistance à l’analyse de textes philosophiques avec l’hypothèse sous-jacente suivante : si nous sommes capables d’assister informatiquement la distinction entre deux textes théoriques où la complexité conceptuelle est très fine — deux concepts philosophiques en l’occurrence —, nous serions certainement capables de faire la distinction entre des textes beaucoup plus simples comme des recettes de cuisine, des annonces de voitures, par exemple.

Au terme de son mémoire, s’est ouvert à l’Université du Québec à Montréal un programme de doctorat en informatique cognitive, programme caractérisé par le fait que chacun des projets qui y sont présentés doit comporter un volet informatique et une réflexion cognitive. S’intéressant aux mécanismes de traitement de l’information et aux outils qui y sont reliés, Dominic Forest avait trouvé dans ce programme la voie qui lui permettrait d’étudier le traitement de l’information numérique en gardant en considération la dualité entre les mécanismes et les contextes d’application. Ses recherches lui ont permis de défendre une thèse dont l’objectif général était d’appliquer certains algorithmes de traitement de l’information développés dans le domaine de l’intelligence artificielle, développés entre autres pour la reconnaissance de caractères, afin d’analyser automatiquement des textes et d’appliquer ces résultats à l’assistance à l’analyse thématique des documents textuels non structurés. Nous ne sommes plus très loin des sciences de l’information, n’est-ce pas ?

Un volet à sa formation, considérait-il, lui manquait toujours après avoir achevé ses études doctorales. Il lui semblait que le domaine de la linguistique, principalement de la terminologie computationelle, pourrait répondre à ses besoins. Ses travaux postdoctoraux ont donc été menés sous la supervision de Marie-Claude L’Homme, professeure titulaire au département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal. Ces travaux, prévus au départ pour une durée de deux ans, ont dû être écourtés, après seulement six mois, pour lui permettre de faire son entrée, sept étages plus bas, comme professeur à l’EBSI.

Dominic Forest travaille actuellement à l’application de méthodes hybrides numériques et linguistiques pour la construction d’ontologies à partir de documents textuels, projet qu’il avait entamé lors de son postdoctorat. Après avoir enseigné au certificat en gestion de l’information numérique cet hiver, il donnera le cours Analyse de textes et ordinateur aux étudiants de deuxième année de maîtrise à l’automne prochain. Comme quoi les rencontres les plus inattendues donnent parfois lieu aux résultats les plus intéressants.


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