Vie hors-campus
jeudi 15 avril 2010 —
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Nombreux sont les romanciers, cinéastes, documentalistes, dramaturges, graphistes et autres artistes à utiliser des documents d’archives pour étayer leurs oeuvres à vocation historique.
Certains, comme Forrest Gump de Robert Zemeckis ou Nos archives secrètes de Noël Tortejada, entremêlent images d’archives et événements de fiction pour les besoins dramatiques de leur récit. D’autres utilisent des documents d’archives préalablement retravaillés, à l’instar du controversé Apocalypse, la 2e Guerre mondiale, cette série documentaire française produite en 2009 pour France 2 qui fit couler beaucoup d’encre pour avoir osé colorier des images d’archives afin de les rendre plus accessibles au public d’aujourd’hui.
Je vais ici me concentrer sur trois films que j’ai beaucoup aimés, dans lesquels les réalisateurs ont su donner à des images d’archives une émotion tout à fait dans l’esprit de leur oeuvre, ainsi qu’une série qui tente de démystifier les plans d’archives.
Nuit et brouillard (France, 1955, 32 mn) d’Alain Resnais
Dans son documentaire Nuit et brouillard, le réalisateur français Alain Resnais traite de la déportation et des camps de concentration nazis, dix ans après la découverte de l’indicible. Première oeuvre à vouloir combattre le négationnisme et la banalisation de l’horreur, Nuit et brouillard est un film qui mélange archives en noir et blanc et images tournées en couleur, le tout accompagné d’un commentaire du poète et ancien déporté Jean Cayrol, narré par le comédien Michel Bouquet. À la première écoute de ce documentaire, l’horreur des camps m’avait frappée de plein fouet, viscéralement, et non plus uniquement cérébralement comme je la percevais auparavant. C’est, à mon avis, un excellent documentaire ayant employé tout le potentiel émotionnel des images à disposition. Aucun film sur le même sujet n’a su par la suite me faire réagir comme celui-ci.
Le fond de l’air est rouge (France, 1977, 345 mn) de Chris Marker
Sous-titré Scènes de la Troisième Guerre mondiale (1967-1977), le documentaire-essai Le fond de l’air est rouge est une oeuvre au style très personnel qui veut raconter une histoire de la gauche mondiale entre la mort de Che Guevara et la rupture du Programme commun de la gauche française. Pour se faire, le réalisateur Chris Marker a alterné des images d’archives ou des extraits de films (ainsi ceux, teintés de rouge sang, du Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein) à des images et des rushes d’actualité tournés par des collectifs de gauche, faisant tenir le tout par un montage poétique et très prenant. Un film magnifique et crépusculaire qui m’a fait comprendre plus qu’aucun autre les croyances, les actions et les frustrations des militants de la génération de Mai 68.
Valse avec Bachir (Israël, 2008, 90 mn) d’Ari Folman
Dans le film d’animation documentaire Valse avec Bachir, le réalisateur israélien Ari Folman aborde à la première personne les thèmes de la mémoire et de l’oubli à partir de ses souvenirs (ou plutôt l’absence de ceux-ci) de l’intervention militaire israélienne au Liban en 1982. Basé sur des entrevues réelles d’amis du réalisateur et sur la reconstitution des souvenirs personnels du cinéaste, le tout sous forme de dessins animés, Valse avec Bachir ne fait intervenir des images d’archives qu’à la toute fin du film, comme si le réalisateur, et le spectateur avec lui, retrouvait la mémoire à cet instant, faisant ressortir de manière saisissante la réalité et l’horreur du massacre de Sabra et Chatila, comme au réveil d’un mauvais rêve.
Mystères d’archives (France, 2009, 10 x 26 mn) de Serge Viallet
Enfin, pour démystifier et comprendre les plans d’archives, Arte France et l’Institut national [français] de l’audio-visuel (INA) ont produit la série Mystères d’archives, une collection documentaire qui dissèque des documents audiovisuels lors de dix épisodes consacrés à des événements aussi divers que les spectacles du Buffalo Bill’s Wild West en 1910, l’assassinat du roi de Yougoslavie en 1934, les essais atomiques à Bikini en 1946 ou les funérailles de J. F. Kennedy en 1963. Construits comme de véritables enquêtes sur les documents eux-mêmes, les épisodes de Mystère d’archives nous font réaliser le potentiel informationnel extraordinaire d’images à première vue banales : « Les images racontent des histoires, nous racontons les histoires des images » (le réalisateur Serge Viallet). Une collection à recommander à toute personne qui s’intéresse aux documents audiovisuels. En effet, nous autres professionnels de l’information avons tout à gagner à bien comprendre le contexte de ces documents pour pouvoir les préserver, les décrire et les diffuser au mieux.