L’arrivée des RDA
dimanche 18 janvier 2009 —
par
Rencontre avec M. Daniel Paradis, bibliothécaire à l’Université de Montréal dans le secteur de la musique et représentant de l’Association canadienne des bibliothèques de musique auprès du Comité canadien de catalogage. Ce comité compte un représentant sur le Joint Steering Committee for Development of RDA (JSC).
Le 29 novembre, l’entièreté de la version préliminaire des normes catalographiques RDA (Resource Description and Access) a été publiée gratuitement sur le Web. Ces normes remplaceront prochainement les RCAA2 afin de mieux répondre à l’émergence des ressources électroniques et des nouveaux supports. La Référence a rencontré M. Daniel Paradis afin de faire le point sur cette révolution dans le domaine de la bibliothéconomie.
Le premier défi que nous avons présenté à M. Paradis était de nous expliquer les principales modifications proposées par les RDA. Selon le bibliothécaire, ces nouvelles normes auraient pour principal objectif d’augmenter la séparation entre le contenu et la présentation des règles. Autrement dit, la présentation ISBD, autrefois ancrée à même le manuel des RCAA2, sera reléguée aux annexes des RDA. Aussi, contrairement aux RCAA2, qui étaient classées par type de documents (monographie, ressource électronique, etc.), les nouvelles normes seront fondées sur une structure inspirée librement du modèle conceptuel FRBR, mieux connu sous la forme des entités œuvre-expression-manifestation-exemplaire.
En plus de classer les productions intellectuelles et artistiques selon ces quatre entités, les RDA proposeront un modèle similaire pour les groupes (personnes, familles, collectivités) ainsi que pour les sujets (concept, objet, lieu, événement). Afin d’expliciter les relations entre les différentes entités, les RDA intégreront de nouveaux chapitres, qui favoriseront la séparation entre le contenu et la présentation.
Pour ce qui est des règles elles-mêmes, au lieu d’être classifiées selon les huit zones ISBD, elles seront classées selon les attributs de leurs entités. Par exemple, toutes les règles relatives à la transcription de l’attribut « Titre » d’une manifestation seront regroupées dans le chapitre « Recording Attributes of Manifestation and Item ». Il sera alors possible de retrouver, à l’intérieur d’une même section, tant les règles relatives au titre que les notes se rapportant à celui-ci, elles qui étaient autrefois séparées (sous-sections 1 et 7).
Chaque entité aura son propre ensemble d’attributs. Par exemple, l’entité « Exemplaire » contiendra les attributs de cote, de code à barres, de provenance, etc., alors que que l’entité « Expression » comprendra le titre de l’expression, la langue de l’expression, la forme de l’expression, etc. Le catalogueur devra ainsi se référer aux attributs de plusieurs entités afin de trouver les règles s’appliquant au document à cataloguer.
Deux grandes raisons ont obligé les membres du Joint Steering Committee for Development of RDA à revoir le modèle proposé par les RCAA2 : l’émergence des documents sur plusieurs formats et la volonté d’augmenter l’interopérabilité entre les différents formats d’affichage.
La classification par type de documents devenait, en effet, de plus en plus désuète pour les documents relevant de plusieurs formats, particulièrement prospères dans le monde informatique. Identifier, par exemple, les différentes règles s’appliquant à une présentation sur balado (podcast) représentait un défi de taille pour les RCAA2. Les utilisateurs devaient combiner des règles provenant de différents chapitres, dont ceux sur la musique et sur les ressources électroniques.
Pour pallier cette situation, les IGGD (indication générale du genre de document) s’élargiront et permettront d’intégrer trois types d’information : le contenu, le médium et le support. Ainsi, pour une baladodiffusion, nous aurions un contenu « musique enregistrée », un médium « audio » et un support « ordinateur ».
Toute cette nouvelle classification permettra, enfin, d’améliorer l’interopérabilité entre les différents modules d’affichage. Le modèle des RDA pourra ainsi servir à d’autres communautés que celle des bibliothèques.
Quelles seront les conséquences concrètes de ces nouvelles normes sur le monde de la bibliothéconomie ? Selon M. Paradis, ce changement structurel permettra éventuellement de modifier la structure des OPAC et la présentation des résultats. Dans quelques années, il est ainsi possible qu’un usager puisse rechercher toutes les expressions de la même œuvre lors d’une recherche. Il pourrait aussi y avoir des liens directs vers les œuvres associées, comme les films, les trames sonores, les adaptations, etc.
Par contre, pour ce faire, deux éléments devront être mis à jour : les formats d’affichage, comme le MARC21, et les OPAC. Ce pari, pour l’instant, est loin d’être gagné, même si les concepteurs y travaillent activement. Ce sont ces modifications qui apporteront un renouveau nécessaire aux SIGB (système intégré de gestion de bibliothèque) et qui, selon M. Paradis, permettront aux jeunes diplômés de laisser leur trace dans le futur de la bibliothéconomie.
Quelles seront les conséquences de l’arrivée des RDA sur les futurs bibliothécaires et quels problèmes pourraient encourir ceux qui ont été formés dans l’esprit des RCAA2 ? M. Paradis, à cet égard, se veut très rassurant. Selon lui, les modifications n’auront aucun impact visible à court terme et permettront même, pour les plus motivés, d’établir une expertise dans le passage des RCAA2 vers les RDA.
En fait, il s’agirait d’un événement exceptionnel dans le monde de la bibliothéconomie. Selon M. Paradis, il s’agit d’un changement plus grand encore que le passage des RCAA1 aux RCAA2 ne l’avait été. Il faut aussi se rappeler que la dernière révision des RCAA2 a été effectuée en 2005. Il n’y a donc eu aucun ajustement des règles depuis trois ans, ce qui est fort surprenant pour une institution qui nous a habitués à des corrections annuelles. C’est dire jusqu’à quel point la transition sera importante pour tous les catalogueurs.
De nombreux employeurs rechercheront de jeunes gens motivés pour effectuer la transition vers les RDA. Selon M. Paradis, ce nouveau défi pourrait même amener des personnes à réfléchir à leur retraite au lieu de voir leur expérience passée tomber en désuétude…
Il est aussi important de noter que pour seconder les bibliothécaires dans cette transition, les RDA produiront une annexe afin d’adapter l’ancienne classification des RCAA2 aux RDA.
Pour l’instant, une version préliminaire des RDA est disponible, en anglais seulement, à l’adresse suivante : http://www.rdaonline.org/constituencyreview/. À moins de changements majeurs, il s’agira de la dernière version gratuite et les itérations futures seront payantes. Soulignons aussi que, pour l’instant, le JSC songe à rendre accessibles les RDA par Internet seulement. Selon l’échéancier projeté, la première parution des RDA devrait avoir lieu au cours du 3e trimestre de 2009.
En vrac : d’autres éléments marquants des RDA
|