L’été à l’EBSI
Une première pour un cours d’été
mardi 26 août 2008 —
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par Élodie Gagné
Vous le constaterez, l’EBSI n’hiberne pas durant tout l’été pour ne se réveiller que le 27 août, journée d’accueil des nouveaux étudiants. Au contraire, c’est l’occasion pour les professeurs de se concentrer sur leurs recherches – exit les charges de cours – et de s’entourer de quelques étudiants pour les assister dans leur travail. Cela s’applique aussi aux étudiants du doctorat et ceux de l’option recherche de la maîtrise qui sont souvent distraits durant l’année scolaire par diverses responsabilités. Ainsi, le mot d’ordre de l’été à l’EBSI n’est pas repos, mais bien recherche !
La dynamique estivale de l’EBSI a toutefois été quelque peu bousculée cette année par la tenue d’un cours adressé aux étudiants de la maîtrise : Archivistique audiovisuelle et numérique. Durant deux semaines, les couloirs de l’EBSI ont donc été doublement animés par cet événement. Événement, car l’EBSI offrait un cours d’été pour une toute première fois, mais aussi parce que ce cours était donné par un professeur invité – Bruno Bachimont, de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) qui gère le patrimoine audiovisuel en France.
C’était un privilège pour l’EBSI de recevoir un tel invité. Monsieur Bachimont est directeur scientifique de la branche Recherche & Expérimentation de l’INA, en plus d’agir à titre de directeur à la Recherche de l’Université de Technologie de Compiègne. Son institution d’attache – l’INA – est particulièrement active dans le domaine de l’archivistique audiovisuelle et numérique, en particulier au niveau de la recherche et du développement. Une dizaine d’étudiants ont donc pu profiter de cette connaissance et cette expertise venue tout droit de France et constituant un modèle.
Pour tout dire, l’INA est un meneur à l’échelle mondiale. Sa banque d’archives de radio et de télévision numérisées est première en ordre d’importance et fait titre d’exemple à travers le monde. L’INA n’est pas seulement responsable de la gestion du patrimoine télévisuel français – soit tout ce qui est diffusé par les chaînes publiques de télévision et de radio – mais aussi du dépôt légal de la « mémoire nationale » qui inclut ce qui a été diffusé en France par les chaînes privées. De par la particularité et la fine pointe de cette législation française, l’INA fait donc face à de nombreux défis et réflexions liés à l’abondance de documents à traiter, mais aussi à la complexité des médias concernés. De plus, pour l’INA, la portion communication et valorisation des archives est tout aussi importante que leur préservation, ce qui a fait naître de nombreuses initiatives. Quelques clics sur le site Web Ina.fr suffiront à vous illustrer pourquoi l’Institut fait figure de modèle dans le domaine.
À la base de tout cela se trouve toutefois une discipline nouvelle et qui reste à construire – l’archivistique audiovisuelle et numérique – que Monsieur Bachimont a bien voulu explorer avec nous. Discipline à part entière, car bien qu’elle soit rattachée à l’archivistique classique par son objectif de préservation de la mémoire, elle fait rupture avec nombreux de ses principes. Les médias technologiques (audiovisuels, numériques) comportent en effet de nombreuses différences avec le média imprimé autour duquel s’est développée l’archivistique classique. À commencer par le fait qu’avec l’imprimé, il y a inhérence du contenu au support. Conserver le support revient alors à conserver le contenu, à condition d’en maintenir l’intelligibilité d’un point de vue culturel. Avec les médias technologiques, cela ne tient plus, puisque pour avoir accès au contenu, un appareillage technique est nécessaire. À la conservation s’ajoute la restitution et pour maintenir l’intelligibilité, on doit se soucier à la fois de la lisibilité culturelle et de la lisibilité technique. Le fait que l’accès direct au contenu est impossible fait en sorte que les métadonnées sont d’une grande importance pour l’identifier et le décrire. Les stratégies de préservation ont aussi un poids considérable considérant que l’accès au contenu dépend du support d’enregistrement et de l’appareillage technique qui évoluent et se multiplient au gré des avancées technologiques. Le numérique ou la numérisation, souvent perçu comme la panacée, comporte ces mêmes problèmes, en plus de faciliter la manipulation du contenu et donc, de permettre de multiples reconstructions et versions d’une archive. Dans cette situation, il devient nécessaire de reconsidérer les principes chers à l’archivistique : intégrité, fidélité, authenticité, mais aussi d’ouvrir les frontières pour s’inspirer de la bibliothéconomie et de la documentation. L’archivistique audiovisuelle et numérique devient alors une discipline unique, au croisement de ces trois disciplines et qui ne peut être amalgamée à aucune d’entre-elles en raison de ses caractéristiques distinctives.
En l’espace de deux semaines, nous avons donc pu nous familiariser avec cette discipline par l’entremise de Monsieur Bachimont. Une discipline soulevant beaucoup de questions et de problèmes et pour lesquels le professeur offrait peu de solutions. L’idée était plutôt de soulever les différentes possibilités, d’en débattre et de réfléchir aux différentes facettes de cette discipline. De considérations très techniques, on pouvait passer aisément à des préoccupations beaucoup plus philosophiques. Une approche d’enseignement rafraîchissante et considérablement différente de celle à laquelle nous avons été habitués à l’EBSI qui s’expliquait en partie par la formation du professeur, en ingénierie informatique et en philosophie. L’enseignement de Monsieur Bachimont se caractérisait ainsi par une attention portée à chaque concept introduit en classe, par un souci de l’étymologie des mots et par des questions d’ordre général comme Qu’est ce qu’un document ? pouvant faire basculer complètement notre compréhension initiale.
Cette dynamique particulière du cours était sans doute aussi due à sa forme : très intensive ! La densité de ces journées de cours – de surcroît pour une discipline inédite – ne pouvait que mener à un tel bouillonnement réflexif. Et la charge de travaux n’était pas moindre en raison de sa courte durée ! C’est à temps plein et même à temps supplémentaire que les étudiants ont été plongés dans l’archivistique audiovisuelle et numérique. Une situation qui a mené à un épuisement collectif palpable, mais qui a en contrepartie fait naître une énergie particulière et une franche camaraderie entre les participants. Au bout du compte, ce qui semblait surtout se dégager de cette expérience était le sentiment d’être privilégiés d’avoir reçu cette connaissance.
À nos collègues M2 donc, sachez qu’après ce blitz, nous avons maintenant un cours d’avance sur vous ! Et pour nos futurs collègues M1, espérons que vous puissiez profiter d’une telle expérience l’été prochain et peut-être même, d’un choix de cours d’été…